Il y a des hommes qui écrivent des amours contrariées,
Il y a des femmes qui pleurent des amours inachevées ...
Lorsque l'on écrivait ma beauté, mes cruautés,
Lorsqu'il criait son désir désespéré et son coeur meurtri,
Lorsque la vérité de ses sentiments éclatait au plein jour des mots,
trahie par leurs grimaces narquoises
Je serai statue imperturbablement fière, lumineuse de grâces
orgueilleuses - muse supérieure grâce à ses idolâtries -
bijou ciselé aux sons concordants des plaintes de ses peines ;
Il y a des femmes qui ne se lassent pas de s'entendre chantées,
ovationnées, constamment renaissantes de jeunesses et d'atours insoupçonnés,
Il y a un homme qui ne s'est pas lassé de crier encore, encore
de parler, d'inscrire sa déchirure mais son bonheur sur des espaces vastes
de blancheurs,
Il y a un homme qui s'est éteint dans une flamme ultime, dans
une dernière alerte, rouge comme son sang, brûlante comme son amour
et comment est-ce que la vénus de sable altier pourra résister à la marée salée?
Le règne de la lune cède sa forteresse à l'ascension solaire
Le plein jour revient piquer de sa violente luminosité
La peau lisse de la terre tissée entre les quatre cardinaux
Et moi et moi si petite, mon ère de grandeur s'est évanouie depuis que
le cours de ses mots s'est asséché.
Et le silence noie de sa douce cadence les larmes oubliées, les halètements des
yeux courant, sautillant, percutant ses images, ses prières, son coeur à cet
homme qui a rangé ses outils et son décor de poète amoureux.
12 février 2004 - Cité universitaire C.Guérin, Limoges